
Ariel Kyrou présente une démarche, un chemin jalonné d’étapes qui installent l’imaginaire dans le concret pour ouvrir le champ des possibilités dans l’avenir de la Terre, qui projettent un esprit de rupture positive à partir de philofictions, œuvres exprimant un désir d’explorer ce qui se situe après la dystopie et démontant le mécanisme qui mène à la catastrophe promise pour en faire des effictions par une inspiration et son application concrète. Le ministère du futur de Kim Stanley Robinson montre une adaptation politique dans une considération pour la biosphère à l’échelle mondiale et Un psaume pour les recyclés sauvages de Becky Chambers expose une adaptation spirituelle qui mène à une évolution métaphysique, dans une description positive de l’après-dystopie. Convoquant aussi d’autres œuvres, Ariel Kyrou évoque la protopie dans une rupture de paradigme et l’abandon d’un conditionnement de prédation et d’extractivisme pour affirmer le gout de l’inédit existentiel, une empathie exacerbée pour la biosphère dans son ensemble, l’identification et l’ouverture à des chemins oniriques et chamaniques qui mènent à des explorizons projetant un contexte étonnant et bousculant le présent dans les réflexes de pensée à abandonner.
La fiction enrichit le réel, depuis la naissance de la philosophie jusqu’au développement de la science fiction tout au long du XXe siècle. Ce qui relie ces deux exercices de pensée, le crible de la raison dans le sens de discernement et la prospective éclairée, les intentions utopistes et l’anticipation lucide, s’est épanoui dans une manière indirecte par une tendance dystopique qui développe la menace en cas d’inaction et désigne l’espèce humaine comme responsable des problèmes, mais une démarche directement positive se développe en présentant des possibles réalisables qui tirent des leçons de l’Histoire et testent des visions évolutionnistes. En face se manifestent les obscurantismes, la défiance à l’égard de la science et l’allergie à tout relativisme qui nient la notion de progrès en rupture et d’universalisme, qui prennent en otage les individus dans une idée erronée de la liberté et un appauvrissement des choix de vie imposés, qui veulent éradiquer l’autonomie intellectuelle et la capacité d’exploration sans jalons biaisés. L’impossibilité intrinsèque de l’utopie provient de la responsabilité individuelle et ne peut être surmontée que par l’éducation des citoyens, comme le montre l’évolution des comportements en matière d’écologie et l’acceptation du tri sélectif en France. En plus de la diffusion globalisée de la culture, les limitations politiques de l’adhésion générale et de l’investissement personnel apparaissent, brouillant la notion de démocratie directe et occultant la possibilité d’une vision d’un monde meilleur. L’horizon doit être ouvert à la réconciliation entre science, technologie et environnement, sans les nuages de la résistance au changement.
Ce livre d’une grande densité délivre un message, qui sonne comme une évidence, une vision d’une positivité contagieuse à déployer ici et maintenant par devoir, comme un cadeau pour les générations futures pour faire reculer les obscurantismes et le morcellement sociétal si prégnants. A l’instar de la nouvelle Lavée du silicium d’Alain Damasio, toutes ces réflexions éclaboussent d’un espoir fou aux possibilités infinies.