Matières grises – William Hjortsberg

L’Humanité accède à l’immortalité théorique grâce à la cérébrotomie, inventée par le Dr Sayre et permettant de placer un cerveau dans un compartiment connecté au réseau informatique, des robots et une interface sensorielle et mémorielle. Skeets, mort à 12 ans, ne satisfaisant pas le système dans sa progression vers la sagesse, une rencontre est organisée avec Véra, une ancienne actrice tchèque, pour qu’il surmonte son immaturité. De son côté Obu Itubi, sculpteur nigérien, est frustré par le rigide système de progression initiatique et rêve de jouir d’une vraie liberté.
Véra est mise à l’écart dans une simulation personnelle, tiraillée par son hypersexualité et ses souvenirs, confortée dans sa nature profonde et impondérable. Skeets disparait alors que le récit se recentre sur la réalité de la prison matérielle et William Hjortsberg réussit à faire de l’évasion du cerveau d’Obu Itubi à l’aide d’un simple véhicule de maintenance une séquence palpitante et grandiloquente. A sa sortie il découvre une nature luxuriante à la surface de la Terre et sa population élue à la réincarnation et à la mortalité. Obu Itubi est un intrus inadapté au paradis élitiste de l’oubli de soi qui pourtant a le privilège d’être fertile étant né avant la guerre et constitue un apport d’imprévisibilité dans le monde rigoureusement organisé autour d’un contrôle des populations autorisant une nouvelle naissance seulement pour combler un décès, une éternité à attendre l’accès à la mortalité. C’est un récit de narration, d’une grande densité, de vraie science fiction basée sur une évolution technologique, un humour discret, une action décalée et une aventure proche de la fantasy, mais surtout de philosophie, politique et ontologique. L’individu est formé de ses souvenirs bercés par sa subjectivité et l’humanité accouchera toujours de l’entropie.

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