Langues étrangères – Paul Di Filippo

Kerry Hackett trouve une échappatoire à sa morne existence de secrétaire soumise dans un laboratoire de biotechnologie en libérant une entité mutagène qui la pénètre pour partir à l’aventure dans la région de Bahia.
Derrière la crudité de la narration se trouve un vrai amusement à épingler une humanité obnubilée par le sexe, confrontée subitement à cet être supérieur qui allie Éros et Thanatos, joue avec la substance et pratique le coït sans mouvement apparent, sublime raffinement faisant tomber les barrières et suscitant la convoitise. Les aventures de cette mutante ressemblent à un conte licencieux révélateur d’une époque colonialiste, raciste, misogyne, profondément inégalitaire, minée par la bourgeoisie et l’égocentrisme, porté par des personnages pittoresques et un comique de situation exacerbé. Une réflexion est tout de même sous-jacente sur la génération, la dimension ontologique de la transsubstantiation et de la conservation de la matière, l’alliance de la science et de la magie, de la chimie et de l’alchimie, de la poésie raffinée et du matérialisme humain dans un mélange d’universalisme et d’exemplarité jusqu’à l’écopoièse, sublimation de la nature et de la liberté.

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