La mante – K. W. Jeter

Turner s’éloigne de sa vie de père divorcé par sa connexion mentale avec Michael, dangereux criminel qui erre dans la zone et commet son premier meurtre.
Le texte installe le doute en recouvrant d’un voile fantastique ce témoignage subjectif qui entre dans la catégorie de journal intime d’un tueur en série, au fil des pensées d’un personnage principal repoussant, totalement amoral, sensible aux ondes d’un mal absolu, à l’emprise animale dans une lente imprégnation par un instinct et des phantasmes vénéneux. La noirceur réaliste fait fluctuer le surnaturel pour laisser s’imposer la dimension psychologique du dédoublement de personnalité dans un jeu de rôle de séduction auprès de Rae qu’il a rencontrée et une distanciation avec les agissements de son alter-égo, dans un voyeurisme sado-masochiste fait pour choquer, offrant trois personnages principaux malades, enfermés dans un monde de désirs sauvages et de paranoïa. Cet exercice de style est âpre, puisant dans un mal absolu beaucoup plus provocateur moralement que dans Les âmes dévorées. Mais à la fin Jeter montre sa maitrise malicieuse du scénario et son impertinence, sa capacité à créer une ambiance oppressante qui ne font pas oublier les longueurs et les répétitions induites par les choix de narration. Jeter développe son obsession pour les ondes télépathiques et pour la séparation d’avec femme et enfant, dans un lieu en pleine déliquescence qui pourrait être celui de Dr. Adder, théâtre d’une histoire poisseuse qui manque d’ampleur en comparaison.

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