L’épreuve du feu – Pat Cadigan

Dans Motifs, un homme projette son fantasme de tuer le Président sur son écran de télévision. La déformation schizophrène de la réalité passe par l’électricité statique dans la maitrise d’une projection pixelisée, d’un scénario façonné et répété.
Dans Am, Stram, Gram, itsy-bitsy, Milo Sinclair est de retour dans le quartier de son enfance, souffre-douleur de ses camarades de jeu qui ne le laissaient jamais gagner jusqu’à la veille de son déménagement. Il finit par tricher d’une façon tragique et emporte ses traumatismes dans son exil forcé. Cette histoire parle de libération de la cruauté du monde et des fantômes du passé.
Dans Vengeance sur mesure, une femme à la tête d’une agence de vengeance testamentaire tend un piège à un homme multipliant les conquêtes, dans une mise en scène glauque, revanche dérisoire d’outre-tombe.
Dans Le jour où les Martel ont eu le câble, David attend la société d’installation du câble pendant que sa femme Lydia travaille. Une femme étrange se présente pour l’intervention et David se retrouve dans un état second après avoir touché le boitier. La télévision est un biais qui remodèle la réalité et les comportements, qui peut résorber le machisme récalcitrant.
Dans Dépannage sur autoroute, un chauffeur de limousine conduisant son patron extra-terrestre s’arrête à hauteur d’Etan dans sa voiture en panne. Après l’avoir réparée, l’employé invite Etan à rejoindre son employeur pour parler. Illustrant le décalage entre espèces, l’alien se délecte de vibrations et d’émotions, ici dans une situation provoquée, surréaliste et inconfortable.
Dans Guérir, une femme demande à un révérend, guérisseur charlatan, de ressusciter son mari infidèle dans une très courte nouvelle déployant une double illusion.
Dans Dans la course, Pamela assiste à l’arrivée des Coureurs dans sa petite ville, immense procession de joggeurs qui traversent le pays sans s’arrêter et qui ne s’explique pas. Tout le monde cherche une raison, psychologique, sociologique ou religieuse, mais rien ne vient éclaircir ce non-sens, son mode de contamination et sa direction, métaphore de la vie moderne.
Dans Fraternelle dépendance, China est de retour dans sa ville natale pendant ses vacances, à la recherche de Joe son frère toxicomane. Cette nouvelle pleine de sensibilité pudique est une plongée dans le milieu de la drogue qui devient glauque puis vraiment inquiétante avec son complot reptilien.
Dans Joli Môme Vidéotransvers, un jeune homme ayant le potentiel pour devenir une vidéostar se rend dans une boîte ou se produit Bobby, humain converti en simulation autonome pour se donner en spectacle sur écran. Derrière la critique du culte de l’apparence et la recherche éperdue de popularité, cette nouvelle s’attache au cyberpunk avec la dématérialisation du vivant et un questionnement sur la virtualité dans une ambiance d’appartenance à une communauté nouvelle.
Dans Duo, Sarah Jane peut lire les pensées des gens et trouve en la personne de Michael quelqu’un qui peut lui répondre. Cette histoire de relation toxique et violente entre un homme et une jeune fille est pleine de sensibilité entre force et fragilité, dépendance et solitude, comme deux faces d’une même pièce, prochaine étape dans l’évolution psychique de l’espèce.
Dans L’épreuve du feu, Martha se rend à la Nouvelle-Orléans pour un séminaire professionnel et se retrouve happée par la chaleur dans le quartier français, entre réaction physiologique et folklore cajun dans un délire autobiographique.
Dans La Puissance et la Passion, un homme à la frange de l’humanité est employé par une organisation pour exterminer des vampires. Cette nouvelle est l’occasion d’introduire un personnage nuancé ne pouvant appartenir à aucun camp, démon sauvage porteur d’un tatouage béni, échappant au manichéisme craintif.
Ce recueil montre bien l’évolution de Pat Cadigan d’un fantastique très classique à des récits plus modernes et beaucoup plus sensibles qui approfondissent les thèmes déjà présents, comme Fraternelle dépendance, Joli Môme vidéotransvers et Duo méritant tout à fait l’Introduction dithyrambique de Bruce Sterling.

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