La forteresse de coton – Philippe Curval

Blaise Canehan retrouve Sarah, rencontrée à Paris et devenue son amante, sur une plage à Venise. Blaise est un épicurien qui boit souvent plus que de raison et fréquente des prostituées, utilise parfois une fausse identité mais tombe amoureux de Sarah qu’il met en contact avec un intermédiaire pour vendre du matériel pornographique légué par son oncle.
Ce récit s’apparente à une littérature très classique, sentimentalement mouvementée, et développe une ambiance lancinante dans laquelle la nature et la ville sont prégnantes. La relation à distance entre Blaise et Sarah n’implique pas qu’un éloignement géographique mais aussi une présence fluctuante, une difficile coïncidence des esprits et des attentes dans une structure temporelle instable agissant sur la personnalité du couple. Le temps est nonchalant et la scène se fige presque comme une photographie constituée de souvenirs et de pressentiments, dans un cadre intemporel. La distorsion des sens devient métaphysique et Blaise, enfermé dans une bulle d’angoisse, se voit vivre en décalé, entrapercevant un passé et un avenir incertains entre sa violence décadente et son immense désir d’aimer. La poésie existentielle, la noirceur psychologique et la versatilité quantique de la réalité forment une atmosphère fantastique dont se rapproche beaucoup Lost Highway de David Lynch.

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