
Un héros de guerre désireux de se faire oublier travaille seul à la maintenance d’une balise dans l’espace, sorte de phare intersidéral. Comme à l’époque des naufrageurs, des pirates piègent un cargo et s’accaparent le fret de valeur sous ses yeux, isolé dans sa balise préalablement sabotée. Parmi les débris du transporteur les senseurs repèrent une forme de vie.
Ce huis clos de science fiction, par la claustrophobie et l’ombre d’un passé tourmenté, promet dès le début une intensité psychologique. Très vite des rebondissements adviennent avec une action soudaine et surtout un humour grave et grinçant. Cette histoire est le théâtre de ses pensées entre illusion et réalité, déni qui se craquèle et sentiment nécessaire de culpabilité, car il est un lâche, sa décoration militaire une méprise, son statut de héros d’une guerre qui ne cesse de s’étendre une imposture. Sa conscience acide se nourrit de ses souvenirs au front, d’un monde qui s’écroule et se dépeuple pour ne laisser que solitude et amertume dans un solipsisme délirant profondément installé. Ce côté surréaliste mène à un comique glauque, déstabilisant et vivifiant, qui pousse à la réflexion malgré sa noirceur extrême. Le chemin est cathartique et le message consiste en un abandon de l’égocentrisme aveugle pour relativiser la nature de la guerre et de ce qui semble étranger, de ne pas penser que le fait qu’on soit unique exclut les autres. Malgré la tristesse insondable et l’aspect leçon de vie un peu mièvre, Hugh Howey atteint une profondeur certaine dans la pensée que les choses peuvent être autres, que la nécessité n’est pas univoque et définitive, posant la possibilité qu’une minorité d’individus puissent décider d’une action radicale pour le bien de tous.