
Dans Les Hauts Parleurs, le langage est privatisé et l’utilisation de certains mots devient payante. Clovis Spassky rejoint un mouvement de résistance et déclame dans un style monomonène maniaque du mot chat des odes au partage et à la gratuité, à la liberté, dans une verve voltée, vivace et signifiante, un pont lexical et conceptuel vers La zone du dehors. Dans cette anticipation proche la société est devenue aliénante et directrice, ennemie de la diversité et de la créativité.
Dans Annah à travers la Harpe, un homme va à la rencontre du Trépasseur isolé sur son ile pour retrouver sa fille décédée à l’âge de 2 ans. Il doit nager en direction d’un phare et couler au milieu d’orbes renfermant chacun un individu. Il trouve Annah dans sa monade, fibres mêlées vibrantes de leurs souvenirs entre la vie et la mort et poursuit sa présence dans un réseau d’une réalité stratifiée peuplée d’archétypes, démarche d’un père prêt à tout pour ramener sa fille des Enfers.
Dans Le bruit des bagues, Sony Delmas rencontre Loreal Taj, activiste de l’Archipel qui le recrute pour commettre un attentat contre une centrale électrique. Sa bague est retrouvée sur les lieux, contenant sa vie sous forme de données collectées en permanence, véritable lien avec la société. Une traque commence et Sony devient Rem Koolhaas. Malheureusement ses données biométriques recherchées correspondent à son ancienne identité.
Dans C@ptch@, tous les enfants sont réunis en bordure d’une ville piégée qui renferme les adultes. Chaque soir, dans un spectacle organisé par le Réseau, un enfant tente de pénétrer dans la Ville en évitant les innombrables dispositifs de sécurité. Lorsqu’ils sont touchés les humains sont dématérialisés, données numériques alors injectées dans le Réseau pour une existence virtuelle. Pour sortir de cette situation désespérée ils lancent la Ruée pour déborder le système de surveillance et investir la Ville.
Dans So phare away, la pollution et la bruine sont un support pour les communications lumineuses des phares dans la Ville submergée par une marée d’asphalte. Farrago décide de rejoindre le phare de Sofia à l’aide de sa chaloupe, ils s’aiment mais doivent à nouveau se séparer et la marée a modifié la Ville, rendant la communication plus difficile.
Dans Les Hybres, Anje est un sculpteur chasseur à la recherche des hybrides biologiques et mécaniques qu’il solidifie pour les vendre. Dans une fonderie désaffectée sa rencontre avec un Golem va changer sa vie.
Dans El Levir et le Livre, aux alentours du site d’Uluru en Australie, El Levir entame l’expérience mystique de l’écriture du Livre, peu importe le vecteur et le support, la taille des lettres devant être doublée tous les deux mots. Le texte d’où jaillit le principe vital lui est dicté pour être oublié juste après l’avoir lu, assimilé comme une évidence.
Dans Sam va mieux, un homme est le dernier survivant dans Paris, inspecte tous les bâtiments pour trouver la vie derrière l’expression sonore du vent et de l’eau pour conjurer sa solitude.
Dans Une stupéfiante salve d’escarbille de houille écarlate, Ile et Aile se séparent, Ile ne supporte pas la situation alors que commence pour lui le mu, une mutation qui le fait transmettre ses émotions à tout ce qu’il touche, colère et tristesse. Une course aérienne est organisée pour désigner qui incarnera le mu.
Dans Aucun souvenir assez solide, un homme revisite des instants d’amour dans sa mémoire intemporelle sous la direction d’un mécanicien quantique.
Dans tout le recueil apparaissent des idées qui renvoient aux romans, comme la politique et le commerce s’alliant pour la conservation du pouvoir, une société hiérarchisée de façon topographique, la puissance poétique de la composition intuitive et de la déclamation porteuse de sens d’une pensée active, la pollution et le langage du vent et du liquide, la surveillance et le contrôle, la pauvreté culturelle et la fainéantise égotique mais surtout des personnages habités par un élan vital.