
Robert Silverberg réécrit l’Histoire de l’Empire Romain en postulant que l’Exode des Hébreux menés par Moïse est un échec. Pour perdurer l’Empire doit lutter contre les innombrables cultes exotiques et consolider son unité, malgré la distance entre Rome et Constantinople, pour repousser les invasions barbares. Ensuite, un prophète de plus en plus populaire à La Mecque, prêchant le monothéisme, est assassiné de manière préventive. La nouvelle obsession de l’Empereur est la colonisation du Nouveau Monde, lançant des expéditions toutes repoussées par les Mayas avec à leur tête un roi danois. Ces errements ont affaibli l’Empire occidental, désormais menacé par l’Empire d’Orient, précipitant le chaos dans une immensité devenue ingérable. Rome tombe entre les mains des Grecs mais le frère de l’Empereur déchu part en exil organiser la résistance. La suprématie grecque s’écroule à son tour et les romains s’affirment avec les débuts de la technologie, jusqu’au stade steampunk.
L’uchronie est développée au travers des aventures cruciales de personnages-clés dans l’Histoire qui impactent la vie politique et la face du monde. Comme tout Empire, son développement est un équilibre entre son étendue et son degré de centralisme, son système politique de la République au despotisme et le caractère de son dirigeant. Au fil des siècles les mises en abyme abondent et une sorte de résistance au changement de la réalité est seulement bousculée par des fulgurances individuelles souvent extrêmes. La civilisation adopte un schéma cyclique alternant expansion et nécrose, se nourrissant du changement pour évoluer par des étincelles de folie. La disqualification du monothéisme est jubilatoire, l’humour est bien présent dans ces tranches de vie et cet exercice de style facilite le lâcher-prise.