
Les humains ont trouvé le moyen d’avancer dans le temps, enfermés dans des bulles de stase hermétiques pour une durée choisie ou imposée. A un moment de l’histoire de l’univers l’humanité a disparu, hormis les rescapés endormis. A leur réveil programmé, ils sont accueillis par Yelén et Marta Korolev, organisatrices de la survie dans une ville abritant différentes communautés. Après un saut dans la flèche du temps ils se rendent compte que Marta a été assassinée et Will Brierson, ancien policier, commence à enquêter, secondé par Della Lu, femme mystérieuse sortant d’un voyage de 50 millions d’années.
Ce whodunit de science fiction est aussi un planet opera temporel au gré des transformations de la planète et des aléas de la vie en société restreinte, le choix étant de continuer à avancer dans l’avenir ou installer une colonie viable. Ce récit ingénieux d’anticipation dystopique manipule des concepts scientifiques et philosophiques sur l’évolution et la nature, l’être humain et ses limitations, le progrès et la conscience. La disparition des hommes dans le passé pourrait n’être que le franchissement dans le développement de la limite de compréhension des analyses et projections. L’enquête devient métaphysique avec le devenir d’une espèce parmi d’autres et la globalité d’un univers exotique à connaitre. L’ambiance devient vite paranoïaque et claustrophobique dans cette fuite en avant confinée, dans cette position à la marge de l’espèce des personnages ayant manqué un embranchement qui leur échappe et refusant de mourir. Ce succédané de vie sociale et politique terrestre est mû par les luttes d’influence. De la profondeur des propos ressort une certaine noirceur qui vient du vertige des individus, nappée d’humour noir, de l’idée d’un progrès exponentiel hors de portée, moins probable que l’extinction de l’humanité. L’intrigue policière se déroule jusqu’au bout parmi des idées lumineuses et des constructions théoriques passionnantes, tout de même un peu d’action nerveuse et marquante dans une illustration temporelle comme un accordéon massif de pression psychologique.