La treizième génération – P.-J. Hérault

Sur Terre des déportations d’éléments subversifs sont organisées par le pouvoir à destination de planètes propices à l’installation humaine. Ross et Berkel, amis de très longue date, considèrent leur tour comme imminent et anticipent leur exil en se portant volontaires, après s’être arrangés pour emporter clandestinement de quoi les aider. Plus tard, sur une de ces planètes colonisées, Pédric et Bo sont des pilotes d’avion témoins de la présence d’éclaireurs Terriens.
Après plusieurs siècles, les Terriens perçoivent cette civilisation de rejetons comme barbare et coupable, alors que les fondateurs déportés ont initié un processus utopique en harmonie avec la nature. La confrontation entre arrogance et opiniâtreté stratégique est inévitable. Cette société nouvelle à l’évolution raisonnée est une image de la seconde chance. Le récit exhale l’aventure, longue de plusieurs siècles, avec depuis le départ la certitude, pour les colons forcés, d’être retrouvés par une civilisation technologiquement supérieure. Cette idée de l’opposition entre deux branches de l’humanité est enrobée d’aéronautique, d’humour et d’action avec des rebondissements et des personnages caricaturaux à dessein, d’une vitalité confondante.

Pédric doit accueillir une Terrienne qui ne le lâchera pas d’une semelle pour découvrir sa façon de vivre, pour évaluer une société étrange aux yeux des voyageurs.
Cette cohabitation forcée provoque un comique de situation un peu stéréotypé mais aussi une ambiance paranoïaque de surveillance et de jugement, l’attitude arrogante et cachotière des Terriens occasionnant la constitution d’une résistance clandestine. La société utopique décrite par P.-J. Hérault est totalement coupée de l’extérieur, sans frontières sur la planète, sans communautarisme et organisée dans des intentions de démocratie directe. Le texte est joyeux, un peu potache sans franchir les limites, les héros sont beaux et intelligents, soudés par une camaraderie indéfectible, les femmes sont drôles et malignes mais pas très belles. C’est un savant mélange entre les voyages, la faune exubérante et le système planétaire détaillé de la fantasy, le socle scénaristique d’une science fiction politique et morale, l’action éclatante et le mystère organisé d’un polar, qui forme un récit dynamique présentant une humanité qui peut évoluer raisonnablement. Ross et Berkel, en introduction de ce diptyque, sont des visionnaires rêveurs à l’origine d’un projet millénaire, graine plantée par des démiurges dans une cosmogonie malicieuse.

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