
Bart Fraden est un dictateur en déroute, sa base dans la Ceinture des astéroïdes est assiégée, encerclée par la coalition Terrienne qui s’est appropriée les gisements d’uranium. Sa fuite précipitée le mène sur Sangre, une planète dirigée par Moro à la tête d’une secte extrémiste, avec dans la soute de son vaisseau une quantité astronomique de drogues variées, rare marchandise ayant une valeur universelle. Fraden, sa compagne Sophia O’Hara au caractère bien trempé et Willem Vanderling un ancien pirate, ont beaucoup de mal à s’adapter et préparer un coup d’état sur cette planète de dégénérés.
Au début ce journal de révolution joue avec un certain comique de surenchère dans l’ignominie, atténuant presque la vilénie des professionnels du renversement de régime par une situation ridicule de démons au pays des archidémons. Ensuite se déroule un planet opera sous forme de huis clos politique, terrain de jeu pour la guérilla, la manipulation des masses, les idées tordues et impitoyables de mégalomane. La comparaison avec le régime nazi est très claire, avec certains détails, mais c’est une dénonciation plus générale des dictatures qui apparait. En écho, une dictature en remplace une autre, et même si elle parait moins extrême, la promesse de liberté est un mensonge. L’absurdité réside dans cette différence de degré, et pas de nature, l’utopie est vaine, il n’y a que des profiteurs et des esclaves, dans un système fait pour se conserver. La révolution par la guerre n’est qu’une multitude de meurtres, et ici le peuple est outrageusement caricatural, constitué de débiles mentaux anthropophages, avec une outrance dans le comportement inhumaine et pathétique, induite par les faiseurs de révolution et que les semblants de prise de conscience de Fraden ne peuvent pas atténuer. La surface de l’histoire est nonchalante, empilant des scènes de boucherie ignoble de façon désincarnée, mais dans le fond le processus décrit rappelle furieusement les dictatures sud-américaines infiltrées par les nazis après la Seconde Guerre Mondiale (Argentine, Paraguay ou Chili). C’est une folie des grandeurs ridicule, un délire à base de drogue, d’égocentrisme fou et d’irrespect pour la vie humaine, un portrait cynique de l’après-guerre, le monde comme un terrain de jeu géopolitique avec ses populations manipulées et écrasées dans une caricature mythologique morbide. C’est une plongée dans la nature humaine, réveil d’un substrat qui entre en résonance avec la multitude.