
Stephen King parle beaucoup de terreur et il aborde par le biais du cinéma, premiers émois artistiques liés à la peur chez cet auteur à la fin des années 50, et des livres ou comics, l’évolution du genre au long du XXe siècle influencée par les changements sociétaux. Dans l’après-guerre, la monstruosité physique renvoie à son propre reflet sans les progrès de la médecine, à la peur des maladies éradiquées, des émotions fortes pour secouer une existence confortable.
Pour aborder la période entre les années 50 et 80 en littérature, il évoque Frankenstein, histoire d’un monstre sans nom qui s’imposera grâce au cinéma, puis Dracula et la sexualité infantile, et enfin Dr Jeckyll et Mr Hyde, histoire freudienne avant l’heure de loup-garou, trois archétypes omniprésents d’une origine plutôt gothique. Ensuite King s’interroge sur l’imaginaire véhiculé par les programmes radiophoniques des années 50, à la lumière du passage à l’image avec le cinéma et la télévision, implantant dans les têtes des idées préconçues.
En ce qui concerne les films d’horreur, l’analyse d’Amityville est amusante, la comparaison entre le livre et le film Carrie est pertinente dans une approche sociale de ces œuvres. Pour êtres efficaces les créations utilisent les points de pression phobique.
Après un riche intermède sur la télévision, il retourne à la littérature en identifiant des archétypes secondaires, le fantôme avec Ghost Story de Peter Straub, le lieu maléfique, et il montre que le nouveau gothique met la symbolique sexuelle de côté pour se placer en face d’un miroir et explorer la terreur identitaire, en insistant sur La maison hantée de Shirley Jackson. Il aborde aussi la paranoïa avec Un bébé pour Rosemary d’Ira Levin et L’invasion des profanateurs de Jack Finney. Il présente la perte de puissance avec L’homme qui rétrécit de Richard Matheson. Toutes les histoires d’horreur racontent l’apparition d’un chaos dionysiaque dans un monde apollinien et King est bien placé pour parler de moralité dans l’écriture car cette lutte contre le chaos décrit appelle des sentiments positifs.
Ce livre est un monstre boursouflé, bourré d’anecdotes et d’humour, on a vraiment l’impression d’assister à un de ses cours. Le contenu est très anglo-saxon et américain, les renvois aux notes de fin de livre sont envahissants et le cas Lovecraft n’est pas développé malgré qu’il soit cité un peu partout. C’est un condensé de culture, une vision très personnelle du fantastique au XXe siècle.