L’oiseau d’Amérique – Walter Tevis

La société périclite, dirigée par des humains déracinés et acculturés, aidés par des androïdes dont Robert Spofforth est le modèle le plus avancé mais aussi le plus malheureux dans l’impossibilité de se suicider. Le monde des hommes est vidé de sa substance, un désert social trop codifié. Spofforth charge Paul Bentley de doubler en sonore les mots et phrases qui apparaissent dans les films muets, une plongée dans le lointain passé. La société est devenue amnésique et un apprentissage, un peu comme dans Des fleurs pour Algernon de Daniel Keyes, se met en place pour acquérir la lecture et l’écriture, la réflexion. Il rencontre Mary Lou Borne, une femme hors du système qui ne prend pas la drogue distribuée partout et lui inspire de faire pareil. La déconstruction de la civilisation était inévitable, la population humain s’est raréfiée et il n’y a plus de transmission de la culture et du savoir.
L’histoire est touchante et la mise en abyme du lecteur qui voit le personnage s’émerveiller devant un livre joue beaucoup en ce sens émotionnel. Les thèmes sont traités par ricochet, par le miroir ontologique de l’androïde, par la preuve de l’écroulement de la société contrôlée par des robots qui briment et façonnent les humains à la naissance d’une façon erronée. C’est un livre d’aventures mais aussi sur la solitude, sur l’absence de sens et la disparition, l’oubli et la modernité, vers un coma chimique et télévisuel, la superstition et les règles apocryphes, vers une dystopie absurde. C’est surtout un cri pour la liberté avec un questionnement théologique, quand la volonté divine est dévoyée pour devenir folie. L’éducation et l’ouverture sur l’autre constituent le ciment de l’humanité, se révélant dans une poésie candide.

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