Ce qui n’est pas nommé – Roland C. Wagner

Ce qui n’est pas nommé


Dans ce texte d’une magnifique fantasy, Roland C. Wagner développe l’histoire d’une civilisation basée sur la simplicité de la vie et du langage, une sorte d’utopie avec ses défauts, ses castes et un système proche du despotisme éclairé. La société est modelée par les concepts que véhiculent les mots, et sur le long terme un vocable qui disparait à dessein entraine ce qu’il désigne avec lui dans l’oubli. Nommer une chose la fait exister et c’est cette volonté de ne pas évoquer le mal qui s’approche de l’indicible lovecraftien du titre de cette nouvelle. La qualité de rédaction et cette conception naïve d’une causalité erronée amènent une ambiance de douce tristesse.


Pax Americana

[04/2022]Cette novella d’action et d’anticipation est profondément écologiste. La pénurie d’énergie a modifié la situation géopolitique globale. Le début des années 2000 est évoqué avec nostalgie et un groupe de jeunes prépare l’élimination du président américain, satyre séducteur. Ce livre questionne l’activisme politique, ses limites et ses conséquences, avec la fin des années 60 en tête.
L’univers de Roland C. Wagner est bien présent en extrapolant la situation de la civilisation, on peut y voir un plaidoyer pour la décroissance, la gestion des déplacés climatologiques et l’aveuglement structurel politique. C’est un livre très court, engagé, agréable à lire, traitant un sujet sérieux (pollution et capitalisme) avec humour et volonté de divertir.


[12/2022]Des banlieusards anarchistes projettent un attentat contre le président américain. Éditée en 2005, cette novella présuppose la pénurie de pétrole et le rejet du tout nucléaire pour situer son uchronie dans le ton de ses débats avec Folles années folles. Roland C. Wagner donne l’instantané d’une société aux prises avec des problèmes écologiques, migratoires et politiques sur fond de décroissance civilisationnelle. Il développe le côté polar avec entrain et humour à propos d’activisme, de communication et d’influence en pressentant l’importance d’internet.
 


Musique de l’énergie

Un groupe de punk rock tente de survivre dans les États-Unis effondrés et disloqués entre communautés libertaires et enclaves puritaines dans une agressivité latente. Le texte est traversé par l’esprit du rock et le groupe entre dans un trip télépathique qui les mène dans la Psychosphère, une sorte de monde parallèle immatériel de constructions mentales. Face au collapsus de la société et à la menace de disparition du rock, le groupe donne un concert onirique qui retrace l’histoire de ce genre de musique pour éveiller les consciences. Comme dans une crise comateuse le symbolisme constitue les égrégores de cet univers archétypal. C’est l’histoire d’un groupe de jeunes, nés dans les années 80, en pleine expérience initiatique à l’échelle de l’espèce, des aventures fantastiques dans la mort du rêve américain, d’un hommage à une génération, une énergie, un mouvement et une force vive impalpable qui traverse les époques, et finalement un cri d’amour acerbe mais d’une douce nostalgie pour une certaine part de la culture américaine.
 


Pour qui hurlent les sirènes


Deux groupes d’activistes sont au centre d’une lutte d’influence cristallisée par la musique. D’un côté, les rockeurs menés par Killer, et de l’autre le Gestalt, assemblée d’esprits dans la Psychosphère, qui souhaite imposer l’amour et la paix par un disco modifié. Allant de pair avec Musique de l’énergie, le rock est un soulèvement face à la manipulation et l’appauvrissement culturel, le populaire face au commercial, la société des années 80 s’effrite et la posture baba-cool est un endormissement.


 
Ce sont des textes sur la sobriété, la simplicité, la mesure, les dangers de l’outrance, la vacuité de la vanité, la déconstruction de la civilisation et la question de savoir si cette régression est définitive, le réapprentissage de la base en science et technologie, les sources d’un rebond dans ce qui a disparu, d’une liberté culturelle, premier socle de tout état de liberté.

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