Les bêtes enracinées – Serge Brussolo

Une colonie humaine sur une planète lointaine, dont les grands défauts sont un élément mutagène dans son atmosphère et la présence de gigantesques dragons habités par une violence aveugle, tente de survivre. Ils capturent un morawls, l’enferment grâce à un filet lesté d’ancres et récoltent une sécrétion de l’animal, seule façon d’éviter la mutation. A l’ombre de chaque dragon immobilisé est installée une ville, la population ne voyage plus et se complait dans l’autarcie, préservant l’animal pour éviter la pénurie d’antidote et le suicide préventif par peur de la transformation.
C’est dans cet univers que Serge Brussolo développe une fantasy mystérieuse, une utopie qui tourne au cauchemar en cédant au besoin humain de contrôler la nature au lieu de s’adapter. C’est une société où chacun a un rôle précis dans un communautarisme basé sur la peur, de la mort surtout et de l’altérité. Car l’homme est minuscule à côté des immenses morawls, dans une sorte de transposition myrmécologique, et sa présence sur cette planète est un accident. C’est un récit d’aventure avec une réflexion politique, sur la nature humaine et les dangers de garde-fous qui maintiennent dans l’ignorance les individus, dans un immobilisme stérile. Une ambiance de secte ou de zombies, de superstition et de doutes, se développe et l’horreur biologique plane. Le côté science fiction mène à une humanité qui se fond dans l’environnement au lieu de la modifier, situation écologique pleine d’humour noir. La créativité de Serge Brussolo est bouillonnante avec de l’impromptu, du fantasque et des images d’une grande puissance d’évocation.

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