Les déportés du Cambrien – Robert Silverberg

Hawksbill Station est un bagne temporel dont on ne revient pas, les opposants politiques du 21e siècle sont envoyés avec du matériel dans cette prison distante d’un milliard d’années sur une Terre à la vie balbutiante, faune et flore dans leur jeune simplicité. Le contact ne passe que dans un sens, du futur au passé, et la vie s’organise dans ce lieu d’exil où Barrett, doyen et chef des condamnés, se remémore l’époque qui a vu un gouvernement se débarrasser de ses contestataires. Lew Hahn est le dernier déporté et son profil ne semble pas correspondre à un activiste politique.
Publiée en 1968, cette anticipation sociopolitique montre l’évolution de la démocratie américaine vers une tyrannie culturelle annihilant toute réaction du peuple. Le mélange de voyage dans le temps et d’anticipation dans un esprit proche de l’uchronie donne une ambiance anxieuse, nostalgique et écrasante dans un glissement inexorable de la civilisation vers une société de contrôle. Un humour paranoïaque s’installe et cette construction du récit où le passé se situe dans le futur est élégante et poétique, entre oubli et folie. C’est une vraie science fiction pleine de bonnes idées avec un message humaniste profond, une illustration des meurtres et disparitions dans des dictatures désireuses de perdurer. Cette fable sociale futuriste a un écho de fantasy dans cette microsociété isolée par un mélange improbable de Jack Vance et Philip K. Dick.

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