
Franz Blazek est un vieil excentrique, fils de sœurs siamoises, obsédé par le macabre bizarre et la traque de Pornarina, la prostituée-à-tête-de-cheval, tueuse en série devenue mythe. Il a recueilli Antonie, contorsionniste orpheline, et l’a entrainée en vue de cette chasse. La communauté d’enquêteurs sur la trace de Pornarina est composée des anciens qui retiennent l’hypothèse surnaturelle et les modernes qui pensent plutôt à une mafia.
Raphaël Eymery parsème le récit de petits intermèdes sur des notions scientifiques, historiques ou sociologiques, à la manière de Bernard Werber mais orienté horreur, mais c’est son inventivité qui surprend et le rapproche de Serge Brussolo dans une exploration exhaustive de la dépravation. L’histoire est centrée sur les états d’âme d’Antonie, moralement perdue entre son conditionnement et la soudaine liberté que la mort de Blazek lui procure de facto. L’action est trépidante, la galerie de monstres bien fournie, Holmes et Watson font une apparition décalée, l’ombre d’Hannibal Lecter est toujours présente, et en même temps demeure un comique digne de la Famille Addams. Le résultat est très réussi avec beaucoup de bonnes idées et de références occultes, avec des chapitres souvent courts qui s’enchainent avec hargne pour dépeindre le destin incroyable d’Antonie et la présence indirecte écrasante de Pornarina entre décapitations et émasculations. C’est un mélange moderne d’Elephant Man, de Takeshi Kitano et Les contes de la crypte, et le tout multi-référencé se digère quand même bien.