Napoléon n’est pas mort à Sainte-Hélène – Olivier Boura

L’uchronie n’est pas qu’une simple idée formulée à partir d’un si, la comprendre, l’explorer, la composer demande une connaissance des mécanismes de l’Histoire. Elle apparait sous sa forme moderne avec la Révolution française puis le règne de Napoléon, mêlant volonté et hasards pour la versatilité de l’histoire tributaire de détails, se nourrissant de regrets et d’espoirs. Le fait d’avoir la distance, la liberté de modifier le passé permet à l’individu d’agir au présent pour modeler le futur, schéma qui est bien incarné par Napoléon, en étant conscient de sa propre uchronie. Et si la Révolution n’avait pas eu lieu, les différents livres sur le sujet sont discutés ici, aux propos variant entre la sur-stabilité du monde et la gloire sans limite de l’Empereur, soit il est anonyme soit son rayonnement ne connait aucun revers. L’uchronie se nourrit de fantasmes et reste ancrée dans le présent. Ce qui est fascinant c’est le moment charnière, l’instant et l’évènement choisis pour redresser une destinée. A la base, la démarche uchronique repose sur le divertissement et sur la passion avec l’impératif souvent exagéré de s’éloigner de l’histoire vraie. Le comble de l’uchronie est d’avoir, après une modification significative, le même résultat. La production de ce genre littéraire dépend de la façon dont est perçu le sujet dans la société, un échec dû au destin inspire une réussite totale à la place, ou au moins autre chose de digne. Dans les élucubrations les plus belliqueuses, la technologie en avance sur son temps permet de rebattre le monde mais le héros perd de sa superbe par une tricherie à rebours. Et l’Histoire ne se laisse pas briser comme ça, il y a comme un magnétisme de la destinée et une résistance du cours du temps, une trame qui peut vibrer mais pas se disloquer.
L’uchronie dépend d’une époque, de la façon dont l’homme perçoit le passé, et que l’histoire puisse dépendre d’un accident enflamme l’esprit des perdants, avec d’autant plus de rancœur qu’ils tombent de haut. Une période peut être un terrain propice à l’uchronie où l’histoire véritable hésite dans son avancée. C’est un livre passionnant par un historien sur l’Histoire, de la Révolution à la Seconde Guerre Mondiale, sur la trouvaille de ce réflexe littéraire qui exprime le malaise d’une nation.

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