
La cité des mille plaisirs
Une quête s’impose à deux personnes, prophétisée pour l’une et subie pour l’autre : retrouver l’anneau de feu de Gundhera. Fenela, aventurière et voleuse, sauve Maloliah du bûcher, une magicienne qui lui révèle son destin, l’humanité devant être sauvée par un cœur pur. Brehynn, mercenaire capturé par l’ennemi, s’évade mais se retrouve enfermé par un terrifiant sorcier qui l’oblige à lui ramener l’anneau. Leur rencontre est légèrement érotisée, Fenela est endormie, nue, des bandits l’encerclent, et surgit Brehynn pour les mettre en déroute, et bien sûr elle n’a plus de vêtements ni de cheval. En même temps, elle est pistée par des cavaliers, les Frères d’Emoth et leur Grand Prêtre Luxkor. La confrontation entre armes conventionnelles et magie est très howardien mais le héros est un noble déchu, l’anneau et la meute de cavaliers font penser à Tolkien. La première étape de leur périple est Kraforthes, la cité des mille plaisirs, ville dans laquelle il était plus probable de connaitre des supplices. Après moult traquenards déjoués, le couple repart accompagné de Lurkhat, ami de longue date de Brehynn, et Khior un gamin esclave destiné à devenir eunuque.

La déesse de Cimbariah
La suite est moins simple, plus psychologique, des tensions apparaissent dans le groupe et la dualité formée par Fenela et Brehynn devient oppressante, avec paranoïa, culpabilité et jalousie. Moïcha, une jeune fille au caractère disparate et exotique qu’ils raccompagnent à son village, est au centre de cette situation. Le côté sentimental entre dans une phase sombre, au contraire du premier livre euphorique et résolu. Köriec, un guerrier contrebandier les rejoint au cours d’une rixe avec des Pershis, peuple barbare et belliqueux. La fantasy d’aventure n’oublie pas l’aspect ethnologique des différentes cultures, leurs tabous et leurs choix culturels concernant la religion et la spiritualité, la sexualité et la liberté. Ils arrivent au pied des montagnes de Cimbariah où se trouve le peuple balatche, et Moïcha étant une puissante magicienne, l’initiation de Fenela, incarnation de la Déesse, peut débuter. Au même moment, Luxkor a levé les Pershis pour traquer le petit groupe. La confrontation est inévitable, et Fenela, malgré sa puissance divine, décide de gracier Lurkhat. La situation est désormais hors de contrôle, Köriec le personnage témoin est mort, Brehynn et Lurkhat partent sans Fenela et Khior.

Le monstre de Palathor
Fenela et Khior entrent dans une région montagneuse pleine de tempêtes de neige et de petits cannibales. C’est lors d’un combat qu’ils libèrent Braski, servante de la reine Liviah de Palathor, Brehynn et Lurkhat les rejoignent mais la jalousie est toujours aussi présente, l’esclave libéré est amoureux de la déesse, poussant Brehynn à poursuivre sa quête seul. Il y a de plus en plus de combats et de déchirements sentimentaux, les personnages évoluent Fenela est fière et indécise, Khior est aveuglé par l’amour et la haine, Brehynn est résigné. Invité par Liviah, Brehynn devra affronter le monstre de Palathor, et de son côté Fenela s’allie à Luxkor, désireux de terrasser le monstre, et elle, avide de retrouver Brehynn. Ce tome insiste vraiment sur les tourments sentimentaux et les histoires de coucherie, moins inspiré dans la construction du récit que les autres et la fin est un peu expédiée.

Le gouffre du volcan céleste
Khior est mort, Fenela est à nouveau une simple mortelle, Luxkor a intégré la petite troupe, Braski réapparait sur leurs traces pour s’emparer de l’anneau et ressusciter le monstre de Palathor. Luxkor représente le monothéisme fanatique depuis le début mais il commence à s’imposer dans le groupe avec sa liturgie et son obsession du manichéisme. Ils suivent la direction du gouffre du volcan céleste et échappant à des dragons et autres dangers leur périple les mène dans un autre monde, à Vilhokaï la cité d’en-dessous, pour rencontrer Myrina, reine-enfant identique à Fenela par un prodige divin d’ubiquité. Cette triple facette de Fenela, déesse immatérielle, voleuse amoureuse et reine, permet de mettre en perspective le destin omniprésent. La leçon sur le monothéisme parmi les hommes est savoureuse. L’anneau de feu renferme des émanations, nées de la déesse, qui causent tous les maléfices. Fenela doit détruire l’anneau et prendre la place de son alter ego. La science fiction apparait dans la cosmogonie, et presque cyberpunk avec un réseau, des concepts personnifiés dans plusieurs mondes, une technologie qui peut modifier la réalité, un savoir dans la mémoire d’un vaisseau spatial, des réincarnations comme autant d’essais génétiques. Il reste une vision antique des humains malveillants à l’image des dieux fous, le monde n’étant qu’une dégénérescence. C’est une belle illustration d’un système fermé et vivant dont la conservation est destinée à l’échec.

Les guerriers de glace
Fenela et Brehynn mènent une vie calme dans le nord d’Amoria. Ils attendent un enfant mais leur tranquillité est rompue lorsque le duc Rahzi, père de Brehynn, leur demande de l’aide pour contrer les attaques surnaturelles de guerriers de glace contre les villages de la région. Brehynn s’était exilé après avoir couché avec sa belle-mère, et Fenela voit sa magie se réveiller. Faire ressurgir le passé est une bonne idée narrative qui marque le retour de la fantasy magique et de la science fiction transcendante imbriquées. Cette embardée dans le cyberpunk était la meilleure trouvaille du quatrième tome et Hugues Douriaux persiste dans cette voie. Le récit est classique dans l’ensemble, une quête se répète pour sauver l’humanité et voir triompher l’amour, avec un héros presque secondaire, proche de Conan sur certains aspects, une héroïne très maternelle, une histoire à la libido monumentale et moralement tapageuse.