
[2022]La guerre a éclaté sur Terre, des intelligences artificielles dirigent les forces belligérantes et Jack se trouve sur le terrain, étant un relais entre l’ordinateur et l’armée. Son unité est décimée mais il parvient à se mettre en stase dans un caisson, en attendant les secours. Il se réveille sept ans plus tard, dans les décombres, et découvre un monde post-apocalyptique avec sa nature dévastée et les mutations vivantes, cauchemardesques, comme son passé cerné par la mort, dénué d’amour durable.
Le mélange entre guerre cyberpunk et ses conséquences biologiques horribles est fascinant. Un côté fantasy aventure se développe au gré des rencontres hallucinantes et d’une créativité assez énorme. On retrouve une poésie sombre, dans le choix attentif des mots et des préoccupations intelligentes sur l’identité, la tolérance, sa place dans l’histoire, l’évolution de l’espèce et une vision puissante de l’entropie. Ce texte d’aventure, néofuturiste, est rempli d’idées évocatrices et grisantes, dans un rythme étudié ; tout le contraire du remplissage. C’est un récit dense, efficace et impactant avec un grain de folie pour sublimer cette fantasy épique, proche ce qu’ont fait Jean-Pierre Andrevon et Roland C. Wagner.
[2023] Jacques Barbéri a confirmé dans son entretien avec Richard Comballot dans Clameurs – Portraits voltés qu’il préparait une version augmentée de Guerre de rien pour un bond dans le temps d’édition de 1990 à 2016, passant à peu près de 180 à 280 pages, d’où l’intérêt de la comparaison.
Le début de l’histoire est beaucoup plus long, ce qui permet d’en faire une vraie action militaire, plus classique et moins expéditive, autour de Bor Durin devenu Jack Ebner, d’introduire beaucoup plus longuement le personnage. Cet épaississement de la situation initiale atténue le choc de la débâcle suivie par le réveil de Jack et repousse la plongée dans l’étrangeté. L’histoire devient totalement différente à partir du moment où Jack rencontre Rony à Cheebar, pour emprunter un pont basé sur la physique quantique, la télékinésie et l’ésotérisme vers Karen, rencontrée dans le prélude ajouté. Par rapport avec la première version, une dimension conceptuelle plus profonde sur l’espace-temps est introduite par le mouvement de l’eau, le point de vue relatif, le mysticisme, la géométrie et l’astrophysique ; comme une logique formelle à double sens, qui est plus qu’une vulgarisation, où la théorie encadre les évènements et l’histoire illustre le système conceptuel, dans un existentialisme scientifique, une littérature quantique comme chez Jean-Pierre Andrevon ou Philippe Curval. L’ossature du récit est un squelette épistémologique avec ses articulations et son mode de locomotion. Les ajouts sont cohérents et amènent l’histoire d’amour avec Karen, par leur rencontre pendant les classes militaires dans le premier ajout, par la présentation en science théorique de Kurtz du moyen d’atteindre une réalité parallèle dans le second, et finalement par les retrouvailles entre Jack et Karen, ce qui permet d’insister sur la perte due à la guerre, malédiction existentielle surmontée dans une fin plus positive.
Une réflexion au sujet de « Mondocane – Jacques Barbéri »