Romans et nouvelles – Stefan Wul

Niourk
Une tribu archaïque voit son chaman partir pour le domaine des dieux. Ne revenant pas, un jeune garçon ostracisé à cause de sa couleur de peau décide de le rechercher et le secourir si besoin car il souhaite s’intégrer à la tribu au moins autant que l’aventure l’appelle. Il découvre une ville immense, abandonnée par les hommes, où la technologie est encore présente, mystère divin et magique pour un homme aussi sauvage. Ses aventures dans un monde post-apocalyptique avec sa pollution mutagène font penser à L’autoroute sauvage de Julia Verlanger. Il y a des passages de réapprentissage du savoir humain pour lui, un cataclysme ayant provoqué une rétrogradation de l’espèce. Au même moment un vaisseau s’écrase dans la ville avec son équipage humain. La confrontation du héros avec les vestiges et les conséquences de la civilisation fantomatique donne une couleur persistante de candeur extrême au récit. Et d’une façon différente de Des fleurs pour Algernon de Daniel Keyes, l’image des hommes avancés dans l’évolution se reflète sur le miroir qu’est le héros vierge prompt à apprendre, à se complexifier.
Le progrès technologique peut déshumaniser et Stefan Wul s’amuse avec la science et l’épistémologie dans une fiction malicieuse d’anticipation qui dénonce tous les centrismes.
 
La mort vivante
Joachim est biologiste sur Vénus, planète qui encadre très sévèrement toute recherche scientifique, dans un système solaire hostile à la science depuis une catastrophe rendant la Terre inhabitable. Il est kidnappé pour mener des expériences de clonage en dehors de tout contrôle officiel, et sa situation d’un point de vue éthique devient compliquée.
Il y a toujours cette réflexion sur le savoir et la science avec une touche de fantastique dans le récit pour dénoncer l’obscurantisme d’une société déracinée.
 
La peur géante
Cette anticipation pleine de suspense s’ouvre sur une situation de science fiction blagueuse avec un fond de catastrophe environnementale. L’eau ne gèle plus et Bruno, ingénieur, doit enquêter sur cette curiosité lourde de conséquence. L’ambiance mouvementée glisse doucement vers l’action espionnage avec son héros providentiel, sa femme fragile, sa Terre dévastée et sa menace extra-terrestre. Ce polar écologiste réunit les questions sur l’adaptation de l’espèce, l’évolution de la société, l’utilité de la science et la symbiose avec le biotope. Mais on retrouve toujours l’unité de l’espèce humaine dans la haine d’un autre, d’un étranger.
C’est un roman débordant de joyeusetés sans escamoter la réflexion sur l’impact global de l’homme. Le contact avec cette espèce intelligente non-humaine est détaillé, scellant un aspect aventure dans le récit.
 
 
Ces trois romans de science fiction d’anticipation, teintée de fantasy pour le premier, de fantastique horreur pour le second et d’action espionnage pour le troisième, ont pour base une réalité sombre, une dévastation écologique dans laquelle l’eau est capitale. Il y a également une pointe de cynisme car une ombre pèse toujours sur l’humanité, la science sans limite, l’anthropomorphisme et l’intolérance. Puis le récit se détache des conditions dans une envolée joyeuse et créative, une ribambelle d’idées surprenantes, d’action récréative et d’aventures originales. On voit bien l’évolution de Stefan Wul et il semble être une sorte de pont entre Isaac Asimov dans ses premières nouvelles et Roland C. Wagner. Les nouvelles sont excellentes, dans ces mêmes styles littéraires, créatives et amusantes.

Laisser un commentaire