
Cath et Luc sont frère et sœur et ils sont schizophrènes paranoïaques, mais l’ainé se maitrise mieux et il n’est pas interné, lui. Ils sont fusionnels, se comprennent mutuellement et veulent vivre seuls tous les deux, ensemble comme une entité à deux faces. Leur besoin de liberté a toujours été nourri par le rejet et l’enfermement. Ce qui est au départ un désir d’autonomie rassurante devient une confrontation avec la société dans un glissement vers le délire, et la liberté doit être absolue. Cette opposition ne peut qu’être radicale.
Le duo oppressé a décidé de s’échapper et commence sa cavale ultra-violente, à l’instar du film Tueurs-Nés d’Oliver Stone. Une poésie hallucinée traverse ce texte à la fois gore et métaphysique, à rapprocher de La zone du dehors (Alain Damasio) et de Jean-Pierre Andrevon, mélange solaire de littérature classique un peu étrange, d’anticipation politique et sociale et d’action sanglante à un rythme infernal. Ils enlèvent une femme quelconque et elle devient témoin de leur libération des carcans de la société, des institutions, de la famille, pour réaliser l’anarchie. Cette échappée belle devient une rupture avec le réel pas si simpliste, profondément humaine et subtilement tragique, pour embrasser une liberté oblitérante dans un road-movie suicidaire et amoral.