
[08/08/24] Rick Deckard est un blade runner chargé de chasser un groupe d’androïdes modèle Nexus-6, fleuron de la production synthétique de la fondation Rosen rendant plus complexe leur identification par le test empathique Voigt-Kampff. La situation post-apocalyptique de la Terre après la guerre nucléaire forme le socle de l’histoire, les animaux ont à peu près disparu, remplacés par des robots, et l’humanité a fui dans l’espace, abandonnant derrière elle les employés nécessaires et les déficients génétiques exposés aux retombées et nourris aux dérivatifs que sont la religion et la télévision.
De cette anticipation scientifique découlent des questionnements sur l’intelligence et l’empathie, entre androïdes perfectionnés et humains altérés, vrais et faux animaux. Et le doute est distillé par la possibilité que les androïdes n’aient pas conscience de leur nature jusqu’à contester l’humanité de Deckard diminué par sa peur de la bavure, la possibilité d’un amour réciproque entre homme et androïde, ou J. R. Isidore assez spécial pour confondre un animal naturel avec une réplique, la confusion s’installe et Deckard peut devenir empathique avec un animal synthétique, symbolisant le Nexus-6 et la destruction de la nature et de l’Homme. Une sorte d’amusement plane, les animaux placides sont d’une importance capitale dans un message écologique sérieux. A la moitié du livre, au dixième chapitre, le glissement de réalité paranoïaque intervient avec l’existence manifeste de faux-souvenirs. Un androïde peut faire preuve d’humanité lorsqu’il oublie qu’il est une machine. Ce roman est une réflexion sur l’humanité et sa sociabilité aristotélicienne qui en fait une espèce unique, sur l’entropie universelle, l’implacable promesse de disparition, dans un récit en forme de spirale fluctuante.
[03/04/22] Deckard doit éliminer des androïdes du dernier modèle, après leur avoir fait passer un test car ils ont plus d’intelligence que d’émotions véritables. Pourtant la copie d’êtres vivants s’approche toujours plus de la perfection avec ses contrefaçons de principe vital. Il faut différencier les humains qui ont fui la Terre de ceux, infectés, qui sont restés, des androïdes de plus en plus humains et des robots de plus en plus animaux. La raréfaction de la vie et les illusions convaincantes se télescopent dans des troubles d’identité et des doutes existentiels. Philip K. Dick conjugue la portée sociale des castes avec le tournis métaphysique de la vie synthétique, dans une paranoïa hyperbolique. L’humanité réside en la conscience de soi et l’empathie. Et peut-on aimer une androïde ?
C’est un polar nerveux et intelligent, à la portée philosophique immense, une dystopie spirituelle dans une nature blessée et le mysticisme de la création face à l’entropie et l’incertitude réflexive.