
Ce récit de survie post-apocalyptique se déroule sur une Terre grignotée, dévorée, remplacée par une eau poisseuse. La terre s’écroule dans les flots, ne laissant que des ilots. L’ambiance est crispante, le narrateur a eu une enfance compliquée à cause de la guerre. Son travail consiste à tailler ces ilots pour qu’ils aient tous la forme de la France, dans un maillage fractal symbolisant la nostalgie et le patriotisme. Il n’est plus en phase avec les autres, sa femme n’est pas mieux, et leur fils a un côté inquiétant, démoniaque.
L’écriture est très visuelle, souvent inventive et incongrue, toujours dérangeante, poétique et angoissée. C’est un modèle du genre avec son ambiance désabusée, traumatisée, avec une structure du récit bien trouvée entre enfance piégée et age adulte dépressif.
Avec les nouvelles en fin de livre, Serge Brussolo entérine son obsession de l’enfermement, la survie ridicule et sans issue, une mathématique qui détruit l’esprit humain, microcosme et macrocosme dans une réalité broyée. Il y a indubitablement du Lovecraft dans ces textes.